Tribune - Yirgou : Leçon de responsabilité collective de tous les Burkinabè

Publié le samedi 12 janvier 2019

Tribune - Yirgou : Leçon de responsabilité collective de tous les Burkinabè

L’année 2019 burkinabè, le 1er janvier, a commencé avec le son lugubre d’une trompette de mauvais augure, avertissant l’ensemble du Peuple burkinabè du danger et des affres que peut comporter leur division, leur colère et leur haine, à peine contenues, les uns à l’égard des autres.

En effet, c’est ce 1er janvier qu’un drame, macabre et sans précédent dans l’histoire contemporaine du pays, est survenu à Yirgou Foulbé, un village de la commune de Barsalgho où, après une attaque terroriste ayant ciblé et assassiné le chef Moagha de la localité et des membres de sa famille, une expédition punitive a été organisée contre tous les Peulhs aux alentours et leurs campements.

L’on dit que l’assassinat du chef Moagha aurait été l’élément déclencheur ayant occasionné des ralliements et des descentes musclées de kolgwéogho venus d’autres contrés mossé pour perpétrer une chasse aux « sorcières peulhs » au cours de laquelle plus d’une quarantaine d’innocents ont perdu la vie.

Le motif invoqué pour justifier cette vendetta aurait été que les terroristes assaillants avaient des traits fins, qu’ils parlaient le fulfuldé, la langue des Peulhs, et qu’ils avaient certainement été hébergés dans les villages peulhs avant l’assaut contre le domicile du chef de village.

L’attaque terroriste a ainsi été éclipsée par le massacre organisé pour traquer et tuer des voisins, des beaux parents, des collègues avec lesquels on a vécu en harmonie, en paix et en symbiose depuis des temps immémoriaux.

Quelle leçon tirer de la tragédie de Yirgou

La plus grande leçon à tirer de ce drame, c’est que Yirgou a dévoilé au monde la ruine que risque notre humanité et la déchéance de notre intégrité si savamment mis en valeur dans le nom générique de notre pays : Burkina Faso.

Aussi et surtout, le drame de Yirgou pose un grave et outrecuidant problème qui est celui de notre responsabilité collective dans le processus global de sauvegarde et de promotion de notre unité nationale et de notre vouloir vivre ensemble qui sont les grands piliers d’airain soutenant le devenir, la sauvegarde et la pérennité de notre pays et de notre Nation.

Et s’il y a pierre à jeter, il devrait y en avoir autant qu’il y a de Burkinabè vivant à l’intérieur comme à l’extérieur car nous sommes tous fautifs de n’avoir pas devancé cette tragédie dans nos pensées, nos paroles, nos actes, nos attitudes et nos habitudes de tous les jours.

D’aucuns, qui n’ont rien entrepris en amont pour qu’une telle barbarie ne puisse jamais être éditée dans notre pays, n’ont rien trouvé de mieux à dire et à faire que de tirer à boulets rouges sur le régime et le gouvernement qu’ils ont inculpé pour faiblesse et incapacité à garantir la sécurité des personnes et des biens ; sans ignorer qu’eux-mêmes et leurs biens sont dans une relative sécurité leur permettant de faire de telles déclarations.

D’autres s’attaquent, verbalement, aux Kolgwéogho et exacerbant une question peulh qui n’existe pas au Burkina, ils appellent les Peulhs à s’organiser pour assurer eux-mêmes leur sécurité et éventuellement pour, eux aussi, entreprendre une vendetta.

Quelques-uns, plus sages et plus pondérés dont le président du Faso, appellent au pardon, à la cohésion et au retour de cette magnifique volonté de vivre ensemble qui a, de tout temps, caractérisé les différentes ethnies du Burkina.

Notre responsabilité dans ce drame étant collective le mot Yirgou doit désormais tonner dans l’esprit et le cœur de chaque Burkinabè comme un avertissement face au danger de généralisation d’une telle stigmatisation, d’une telle barbarie et, par corollaire, de l’effondrement de notre communauté nationale et de notre maison commune, le Burkina.

La simple évocation de ce nom, devenu tristement célèbre, devrait désormais être une invite, à chaque père et à chaque mère, à mettre plus d’ardeur et de soin à mieux éduquer nos enfants en leur enseignant le véritable sens de la Patrie qui sous-entend un amour sincère pour tous ses compatriotes, l’exigence du pardon pour ceux qui ont fauté et qui, sincèrement, se battent la coulpe, et surtout leur apprendre que la paix est la meilleure richesse qu’un pays puisse offrir à ses citoyens.

Le mot Yirgou doit interpeller et interroger toutes les femmes et tous les hommes politiques, de la majorité et de l’opposition, sur le sens et la qualité de leur engagement et de leur combat politique.

Les responsables de la Majorité ont-ils, oui ou non, fait ce qu’il fallait pour éviter à notre pays cet accident de l’histoire ?

Ceux de l’Opposition ont-ils fait mieux que de tenter de faire des attaques terroristes, ayant fait des victimes civiles et militaires, un fonds de commerce macabre pour dénigrer le régime en place et exiger d’être consulter et associer à la gestion du pouvoir d’Etat ?

Assurément, Yirgou doit rappeler à tous nos politiciens et à tous nos partis politiques qu’au-delà de la conquête du pouvoir, leur mission est aussi d’animer la vie publique dans une dynamique de paix, de concorde et d’unité nationale

Et sans aucun doute, les innocentes victimes de Yirgou, du haut des cieux, ne souhaitent nullement que leur mort soit instrumentalisée en une question peulh pour appeler à des marches, meeting et sit-in pour exiger une vengeance ou quoi que ce soit.

Les OSC et autres activistes, spécialisés dans le jet d’huile sur le feu, se mobiliseront certainement pour ameuter la planète sur notre faute et notre commune responsabilité de n’avoir pas su faire ce qu’il faut pour épargner une fin si atroce aux victimes de la tragédie de Yirgou qui est le fruit de la colère noire et de la haine qui dure depuis l’avant-veille de l’insurrection de 2014 et dont beaucoup d’entre nous n’arrivent pas à se défaire.

Yirgou les interpelle et les prévient du danger et des conséquences funestes que peuvent entrainer les appels à la colère, à la haine et à la vindicte populaire.

L’insurrection populaire de 2014, qui a été la cime de la colère légitime du peuple Burkinabè est terminée et prions Dieu d’autoriser que les cœurs s’apaisent, que justice soit rendue aux victimes et le pardon accordé à ceux qui ont fauté et ont reconnu leurs erreurs.

Au reste, Yirgou a mis à nue une grande faiblesse de notre réalité nationale et de nos systèmes socio-culturels qui semblent ne pas être en mesure de résister au défi du terrorisme qui a été le catalyseur du dramatique évènement.

Cela nous interpelle tous, et en premier lieu les responsables coutumiers et religieux qui sont les garants de la pérennité de nos cultures et les gardiens du socle de notre cohésion nationale, car ce qui est advenu à Yirgou est aux antipodes de la culture d’hospitalité des mossé qui accueillent les allogènes, les hébergent, les protègent et qui vont jusqu’à les assimiler au point que des Peulhs (silmissé) deviennent des Mossé (silmimossé).

Notre pays est en guerre contre le terrorisme et cette guerre asymétrique ne peut être gagnée que si nous faisons front ensemble. Aussi, en ma qualité de président de l’AMBF, je lance un appel à la résistance à tous les maires et aux citoyens, de tous bords politiques, de toutes les communes du Burkina en vue donner une réponse adéquate à la lâcheté rampante du terrorisme qui menace notre existence en tant que pays et communauté nationale.

Et comme toujours affirmé, le peuple burkinabè ne mettra jamais les genoux à terre devant l’adversité et l’animosité de ceux qui veulent assombrir son destin en s’en prenant à la cohésion de ses ethnies et à son unité nationale.

C’est à perpétuité que les Burkinabè demeureront ensemble comme une seule et même famille dans la paix et la concorde car les liens qui unissent les frères et les sœurs, que nous sommes, sont sacrés et indissolubles.

Armand BEOUINDE

Messages

  • FrJe me permet de dire que votre communication est de très haute facture. C’est du très propre. Chacun de nous est interpelé en tant que fondation et brique de notre nation en gestation.
    Personne ne doit collaborer ou porter main forte aux terroristes, il faut plutôt les dénoncer, et aussi personne ne doit se rendre justice sous aucun prétexte. Dès lors que le vivre ensemble dans nos coeur, le message permanent doit aller dans les deux sens. Autrement dit, la confiance mutuelle doit être une réalité permanente à travers nos actes quotidiens.
    La nation Burkinabè d’abord, ...
    Merci à vous Président de l’AMBF et nous sommes avec vous citoyens que nous sommes.

  • Mr Béouindé, contrairement à ce que vous semblez dire, la question peulh existe bel et bien au Burkina et le nier serait tout simplement cautionner les pogroms anti-peulhs. Je crois en outre que vous vous trompez de vouloir croire que toute marche-meeting pour condamner le massacre de Yirgou est dirigée contre votre gouvernement ou votre parti. La meilleure chose que vous pouvez faire pour montrer votre indignation est d’aller à ces marches de protestation. Chapeau bas quand même pour la tribune. Danton.

  • Si vous vous étiez rendu à la marche de ce samedi 12 janvier 2019 contre la stigmatisation des peuls et toute autre communauté ,vous auriez posé un grand acte politique et auriez même donné une belle leçon à l’opposition politique . MALHEUREUSEMENT ,nos hommes politiques comme vous , ne s’élèvent jamais dans la raisonnement au delà de leur appartenance politique face à certaines situations douloureuses et c’est regrettable . Combien de fois ,n’a t-on pas vu des politiques de droite et de gauche français marcher côte à côte face à certaines situations douloureuses survenues dans leur pays ? Passez en revue les images des obsèques des victimes des attentats du 11 septembre 2001 aux USA . Vous verrez ,que le jour des hommages aux victimes de cet horrible attentat ,démocrates et républicains américains étaient côte à côte parce que c’était les USA qui étaient attaqués . Nous africains, nous sommes incapables de cette élévation et c’est là un de nos grands problèmes . Merci quand même d’avoir essayé quelque chose pour prôner la cohésion nationale ,même si vous n’avez pas été capable de laisser apparaitre votre penchant prédominant de cacique du MPP

  • Monsieur le Maire,
    Quelques éléments pertinents à prendre en compte dans votre tribune.
    Mais le fond reste trop partisan une fois encore.
    Morceau choisi "Quelques-uns, plus sages et plus pondérés dont le président du Faso, appellent au pardon.."
    C’est ce passage , qui rebiffe.Quelle flagornerie !!
    Bref continuez à carresser vos kolgweogo.Votre reveil sera très brutal.

    #MOLOTOV

    • Mais internaute #MOLOTOV, tu auarias voulu qu’il dise :
      "Quelques-uns, plus sages et plus pondérés dont le président du Faso, appellent a la vengeance." ?
      Reflechit un peu mon type.

  • Merci frère BEOUINDE pour votre déclaration emprunte de sagesse et de bon sens demandant à la raison, à la retenue et aux respects de tous.
    Que Dieu vous bénisse.
    Le salut du Burkina ne viendra que de Dieu.

  • Tout ça pour ça, suis-je amené à dire. A vouloir toujours faire du politiquement correcte vous perdez de vue l’essentiel. Pas de faux fuyant, situons les responsabilités et tirons en les conséquences. Vous parlez de pardon aux fauteurs de troubles qui se seront repentis.. Est-ce la juste mesure ? Certes, non aux récupérations démagogiques ; encore faut-il qu’on sache dissuader par la coercition dans un État se voulant de droit. Revoyez votre lecture ne serait-ce que par respect des defunts.

  • Il ne sert à rien de couvrir par des mots creux, les douleurs de notre peuple et les méfaits néocoloniaux qui l’accablent du fait de l’incompétence, l’irresponsabilité et la débilité de ses responsables politiques.
    Ici, en l’occurrence, les postures morales de justification ou de compréhension des choix néocoloniaux de gestion politique de ce pays relève purement d’orientation réactionnaire et idéologiquement conservatrice. Et ceci appelle ici, sans entrer dans des détails, une autre analyse.
    C’est dur et difficile à dire ou à entendre ! Mais la réalité est que nombre de nos petits politiciens de culture moaga ou d’orientation néocoloniale — un classique dans notre pays — ont du mal à condamner cette milice ethnique que sont les koglowéogo ; et ont du mal à demander leur dissolution.
    C’est bien déplorable pour notre présent commun et à venir !
    La non-dissolution de cette milice en rajoute, pour demain, à nos nombreux problèmes sociopolitiques qui s’accumulent à l’horizon ; en plus de la lutte sans stratégie claire et offensive, contre le terrorisme. Cette lutte qu’on nous vend depuis longtemps, comme une guerre asymétrique ingagnable par notre peuple.
    C’est dire que le néocolonialisme et ses éléments de langage nous paralysent, avant même de sortir dans l’arène de la lutte contre cette vermine manipulée par l’impérialisme occidental. Une vermine sans nom, sans visage, sans base arrière (au Mali, au Niger...?) sans soutiens (locaux, étrangers ?), sans autres ressources hors la seule foi de l’Islam wahhobo-djihadiste ?...).
    Et que peuvent les Koglowéogo moaga dans cette affaire ? Rien, sinon en rajouter à la confusion qui aide à la carrière de petits politiciens locaux inscrits dans le néocolonialisme criminel !
    Voilà une milice dédiée à la protection de l’ordre social féodal moaga, et qui, dans les grands moments de notre histoire qu’ont été les résistances primaires et secondaires de notre peuple contre la domination coloniale, voilà une milice dis-je, qui a été totalement absente du champs des luttes anticoloniales.
    A oublier les leçons de l’histoire, on finit par se la prendre en pleine gueule ! Et les exemples sont nombreux en Afrique !
    Et ça, même sans être un révolutionnaire, Maurice Yaméogo l’avait compris, dans sa lutte contre la chefferie ; c’est à dire, contre toutes ces féodalités et leurs structures surannées et anachroniques.
    Il a négocié "l’indépendance" dans le cadre d’une République une, indivisible, laïque et à prétention démocratique même néocoloniale. Laquelle est aujourd’hui tenue par des traites, des bandits et des voleurs de grands chemins.
    Na an lara, an sara !
    La Patrie ou la mort !
    En d’autres termes : La République ou la mort !

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