Procès du putsch manqué : « Ma reddition tardive s’explique par le climat au sein du RSP » (lieutenant Abdoul Kadri Dianda)

LEFASO.NET

Publié le mercredi 12 septembre 2018

Procès du putsch manqué : « Ma reddition tardive s’explique par le climat au sein du RSP » (lieutenant Abdoul Kadri Dianda)

Après le lieutenant Aliou Ghislain Gorgo, dont l’interrogatoire s’est poursuivi une partie de la matinée de ce mercredi 12 septembre 2018, place au commandant du Groupe d’intervention anti-terroriste (GIAT) de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), le lieutenant Abdoul Kadri Dianda.

L’officier est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État, coups et blessures volontaires, incitation à la violation de la réglementation de l’armée. Il a pour avocat Me Bali Bazémo.

À la barre, et après lecture des procès-verbaux par le tribunal, l’accusé a dit ne pas reconnaître les faits exposés. Il est donc invité à exposer sa version. Ce qu’il commence en déclinant ses attributions de commandant d’une des unités de l’ex-RSP, le Groupe d’intervention anti-terroriste (GIAT).

Dans le vif du sujet, Abdoul Kadri Dianda a expliqué que le 16 septembre 2015, dès 5h30, il s’est préparé pour se rendre au sport au camp ; les mercredis étant jours de sport au RSP, dit-il. Sur place, au camp (Naaba Koom II), il apprendra que l’Armée de terre a un cross populaire le lendemain, jeudi. Des éléments du RSP devaient prendre part à cette activité sportive. Finalement, le sport hebdomadaire n’aura pas lieu et ce, pour permettre aux éléments du RSP de pouvoir prendre part au cross sus-mentionné.

C’est ainsi qu’il va rester au camp avant de démarrer plus tard pour des « courses personnelles » dans la zone de l’Université de Ouagadougou. Sur le chemin du retour, il reçoit un coup de fil du lieutenant Gorgo, lui indiquant que « ça ne va pas au palais ». Mais sans ajouter de détails.

Une fois au camp, il trouvera, dans une salle, le général Gilbert Diendéré et un groupe d’éléments du RSP, dans un dispositif de réunion. « Quand le général a dit que le président du Faso et le Premier ministre ont été enlevés, il y a eu une sorte de froideur dans la salle », a révélé l’officier Abdoul Kadri Dianda.

« Soutien de l’armée, mais pas de façon officielle »

Tard dans la même nuit, est arrivé le groupe de sages (l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo, monseigneur Paul Ouédraogo…). La médiation prévue par ces derniers s’est révélée impossible du fait de l’intransigeance de certains éléments du RSP. Ces derniers auraient expliqué aux sages qu’il y a une crise de confiance avec les autorités, pour promesses non-tenues suite aux crises successives. Par voie de conséquence, ils n’étaient plus disposés au dialogue, rapporte le lieutenant Dianda. Sur ces entrefaites, les médiateurs ont rappelé que le pays ne pouvait pas se payer le luxe de vivre une telle crise, a-t-il ajouté.

Du coup d’État, l’officier Dianda a affirmé n’avoir été informé que le 17 septembre 2015, aux environs de 10h, à la lecture du communiqué proclamant le général Gilbert Diendéré président du CND (Conseil national de la démocratie). Réagissant à des interrogations, l’accusé a confié au passage que le général a rassuré qu’il avait le soutien du reste de l’armée, « mais pas de façon officielle ».

Son unité étant également chargée de gérer une partie de l’aéroport dans le cadre de l’arrivée des chefs d’État de la CEDEAO, l’officier s’y est rendu le 18 septembre aux environs de 12h. Là, il trouvera tous les chefs militaires. « J’ai trouvé le CEMGA [Chef d’Etat-major général des armées, ndlr] à l’aéroport, je l’ai salué et il m’a dit : ‘Dianda, courage’ », se souvient l’accusé.

Il a aussi affirmé n’avoir effectué aucune mission, en dehors de celles qui l’ont conduit à l’aéroport lors des arrivées et départs des chefs d’État de la CEDEAO, du 18 au 20 septembre 2015.

L’officier Abdoul Kadri Dianda, qui dit être resté au camp Naaba Koom II durant tous les évènements, nie donc tout comportement de « caution et de soutien au putsch ».

Sur ce point, le parquet a voulu savoir pourquoi l’officier a attendu jusqu’au 28 septembre pour abdiquer, alors qu’un communiqué du CEMGA appelait, dès le 21 septembre, à déposer les armes. À cette préoccupation, Abdoul Kadri Dianda a expliqué qu’il était face à une sorte de dilemme, parce qu’ayant des éléments sous sa responsabilité.
Fallait-il abandonner ces hommes ? « […] pendant les événements, je me suis toujours évertué à me poser des questions : qu’est-ce que je fais ? », a-t-il brandi pour décrire le climat qui prévalait au sein même du régiment. L’officier rejette avoir donc soutenu le coup d’État, insistant qu’il n’avait d’autre choix que de rester au camp.

« Je ne pense pas avoir incité un élément de mon groupe à commettre un acte contraire à la discipline », s’est-il défendu. Un aspect partagé par le ministère public qui reconnaît n’avoir pas d’éléments suffisants à la charge de l’accusé.

« Ma reddition tardive s’explique par le climat au sein du RSP », convainc le commandant du GIAT, zoomant sur des menaces auxquels il était exposé au sein du corps, durant les évènements.

À la suite du lieutenant Abdoul Kadri Dianda, s’est présenté le soldat de première classe Abdou Compaoré. Avec pour avocat Me Paul Kéré, l’accusé est appelé à la barre pour répondre de complicité d’attentat à la sûreté de l’État, meurtres, coups et blessures volontaires. Mécanicien au sein du corps, le soldat a rejeté les faits qui lui sont reprochés. Ne s’exprimant pas en français, le tribunal a fait recours au traducteur par lequel il a introduit sa version des faits.

En effet, selon sa narration, c’est le 17 septembre qu’il a été en mission de dépannage d’une moto à la Place de la nation, en compagnie de son chef, le sergent Yaya Guiré. De retour pour le camp, ils se sont heurtés à une barrière dressée par des manifestants au niveau du Jardin du 8-Mars (entre le stade municipal et la cour du Mogho Naaba, ndlr). En voulant dégager ces obstacles, la foule se serait ruée sur lui. Ce qui l’a obligé à faire deux tirs de sommation pour pouvoir se frayer un passage et échapper à la fureur de ces manifestants.

C’est à cette étape de narration que le président du tribunal a suspendu l’audience à 17h. Elle reprend vendredi, 17 septembre, à partir de 9h, avec le même accusé.

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