Auditions du putsch : Le président du tribunal va-t-il ordonner un huis clos pour entendre « le Touareg » ?

LEFASO.NET | Par Herman Frédéric Bassolé

Publié le mercredi 11 juillet 2018

Auditions du putsch : Le président du tribunal va-t-il ordonner un huis clos pour entendre « le Touareg » ?

Appelé à la barre le mardi 10 juillet 2018, le sergent-chef Roger Koussoubé avait prononcé, pour la première fois depuis le début des interrogatoires des accusés, le nom du général Djibrill Bassolet. Ce dernier aurait « aussi » ses hommes au sein du RSP, en plus de l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida et du général Gilbert Diendéré. Ce mercredi, le parquet militaire s’est dit surpris que l’accusé ait fait ses révélations qui ne figurent pourtant pas dans les procès-verbaux de ses auditions au cours de l’instruction du dossier.

Il y avait une querelle intestine au Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Les interruptions des conseils de ministres sous la Transition, la tentative d’assassinat du général Gilbert Diendéré, en étaient les manifestations. Le Premier ministre Yacouba Zida, qui avait évincé le général de Division Honoré Nabéré Traoré grâce, notamment, au soutien de ses anciens camarades, était-il devenu persona non grata dans le corps ? Depuis le début des interrogatoires des accusés du putsch de septembre 2015, tous ont reconnu qu’une crise existait bel et bien au sein de la « famille » divisée en deux forces : d’un côté les pro-Zida, et de l’autre, les pro-Diendéré. Aucun d’entre eux, jusque-là, n’avait évoqué le nom du général Djibrill Bassolet, sauf le sergent-chef Koussoubé dit « le Touareg ».

À la barre, le mardi 10 juillet, il a déclaré qu’en réalité, il y avait trois camps : les pro-Zida, ceux restés fidèles au corps et les pro-Bassolet. Etaient de ce dernier camp, à en croire l’accusé, l’adjudant-chef major Eloi Badiel et l’adjudant Jean Florent Nion.

« Des mercenaires étaient logés à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou »

Le parquet militaire dit prendre ces déclarations avec réserve, car elles n’apparaissent pas dans les procès-verbaux de son audition. Pour sa défense, Roger Koussoubé répond qu’il craignait pour sa sécurité et celle de sa famille, et qu’il attendait le bon moment pour tout déballer.

Aussi, il a indiqué au tribunal que si il obtenait l’assurance que sa famille serait hors de danger, il serait prêt à tout dire. « Le jour de l’accouchement, il n’y a pas de honte », dira le magistrat Sidi Békaye Sawadogo, qui a assuré le sergent-chef qu’il n’a rien à craindre. Et de lui demander : « Avez-vous confiance en ce tribunal ? ». « Oui. J’ai confiance au tribunal », a répondu Roger Koussoubé, avant de se lancer : « Des mercenaires étaient logés à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou. Il y a quelqu’un ici qui les logeait… », a déclaré l’accusé.

Alors que le magistrat Sidi Békaye Sawadogo était tout ouïe pour entendre les révélations du sous-officier, le procureur militaire, Alioune Zanré, lui tire légèrement la manche droite de sa robe et lui fait signe de ne pas insister. S’estompent alors les révélations.

« Ce n’est pas le lieu… »

L’interrogatoire se poursuivra avec d’autres questions avant qu’Alioune Zanré ne vienne expliquer la position du parquet sur les déclarations que comptaient faire le sergent-chef Koussoubé.
« Lorsque les déclarations ont tendance à toucher à la sécurité militaire, en ces temps de terrorisme où le Burkina Faso subit des attaques, nous pensons que ce n’est pas le lieu pour débattre de cela », avance-t-il avant de rappeler que le président peut ordonner un huis clos, conformément à l’article 107 du code de justice militaire qui dispose que « Les séances sont publiques, à peine de nullité.
Néanmoins, le tribunal peut ordonner que les débats aient lieu à huis clos, si cette publicité parait dangereuse pour la sécurité militaire, l’ordre public ou les bonnes mœurs. »

Toujours pour justifier la position du parquet militaire sur la question, le procureur militaire laissera entendre qu’ « il y a peut-être des agents de renseignement étrangers dans la salle d’audience ».

« Un témoin gênant »

« Tous les moyens sont bons pour se défendre. Et si huis clos il doit y avoir, mon client n’y verra aucun inconvénient », a indiqué Me Alexandre Sandwidi. Toutefois, il a demandé au tribunal que des dispositions soient prises pour assurer la sécurité de son client et de celle de sa famille car « les révélations font de lui un témoin gênant pour des gens qui ne seraient pas des enfants de chœur ».

À sa suite, Me Guy Hervé Kam, avocat des parties civiles, soutiendra que toutes les parties présentes à ce procès ne souhaitent que la manifestation de la vérité.
L’audition du sergent-chef Roger Koussoubé se poursuivra le vendredi 13 juillet. Le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, va-t-il ordonner un huis clos pour entendre l’accusé sur ces fameuses révélations ? Affaire à suivre.

Herman Frédéric Bassolé
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