Tribune : L’intolérance a-t-elle pris position dans les cœurs ?

Par BOUBACAR Elhadji, Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré à Dori

Publié le lundi 2 juillet 2018

Tribune : L’intolérance a-t-elle pris position dans les cœurs ?

La question mérite bien d’être posée, tant le phénomène commence à prendre des proportions inquiétantes. En effet, dans tous les compartiments de notre société, l’intolérance gagne du terrain. On a comme l’impression que nous tenons individuellement et collectivement, à ne plus rien concéder à l’autre, à ne plus lui reconnaître un quelconque mérite, à ne rechercher chez l’autre que des éléments qui peuvent nourrir le rejet.

De plus en plus, nous tolérons très peu de choses chez l’autre. Cet autre qui, jadis, était avec nous, l’autre pôle qui tenait notre vie en équilibre, devient un peu plus chaque jour notre problème, une source d’irritation profonde pour nous.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir par exemple dans la circulation, comment nous nous comportons, en ville comme en campagne. Personne ne veut céder le passage à l’autre. Ce qui importe pour chacun, c’est soi-même, c’est de passer avant l’autre, de dépasser l’autre, d’arriver à destination avant l’autre. Quand en ville les feux tricolores passent au vert, chacun cherche les failles quand il ne les crée pas, bouscule son voisin, force le passage. La route est devenue le lieu par excellence d’expression de notre manque de savoir-vivre, de notre rejet de l’autre par qui pourtant nous existons.

La scène politique et le monde du travail n’offrent guère une situation meilleure. Ces deux domaines ressemblent étrangement à la situation dans la circulation. Les sorties médiatiques des acteurs politiques de tous bords confondus et ceux du monde du travail laissent percevoir une profonde volonté d’en découdre avec l’adversaire. Employés comme employeurs adoptent des positions maximalistes, mènent une guerre de tranchées.

Parti au pouvoir et ceux de l’opposition filent une inimité inédite et parfaite. Toute prise de parole donne lieu à une radicalisation des positions, à des excès et des rejets. Quand ce ne sont pas des hommes politiques qui profèrent ou qui essuient des condamnations sans précédent, ce sont les travailleurs des secteurs publics et privés et leurs syndicats excellent dans les excès ou qui subissent la foudre des citoyens. Personne ne veut plus rien ou presque accepter de l’autre, rien ou presque concéder à l’autre, comprendre chez l’autre, mêmes dans les grins.

Individuellement et dans les groupes auxquels nous appartenons, dans lesquels nous échangeons entre amis ou collègues, nous faisons chaque jour un peu plus preuve d’arrogance et d’orgueil, d’intolérance.On a comme l’impression que dans ce pays, personne ne fait et ne dit plus rien de bien et d’acceptable.Que toute posture, que tout choix, que même le silence ou le sommeil de l’autre doivent nécessairement susciter indignation et critiques.

Même dans les médias, publics comme privés, il devient difficile de plus en plus de distinguer selon les émissions, aussi bien chez les invités que chez les hommes de presse, l’analyste et le politique, le journaliste et le politique, l’opinion et le désir de heurter, l’apport et la volonté de détruire. Dans les médias, l’usage de la liberté d’opinion et d’expression qui devait être un moyen de renforcement de la cohésion sociale sème chaque jour un peu plus le doute dans les esprits. Et ça fait peur parce que les médias ne sont pas seulement des canaux de communication/d’information.

Ils constituent, soutiennent et créent surtout les anneaux qui relient les segments de la société. Ils sont certes des espaces d’expression plurielle et de liberté, mais ceux qui y prennent la parole, de notre point de vue, doivent s’efforcer de résister à toutes les pressions internes et externes qu’ils subissent afin de contribuer à l’unité nationale.

Nous souhaitons nous tromper mais il est aisé de constater que les prises de parole dans la presse deviennent de plus en plus épicées. Il est vrai que le rôle de la presse est de mettre le doigt à la fois sur ce qui va et sur ce qui ne va pas, mais il reste que les sociétés qui aspirent au progrès véritable chevauchent la mesure et non l’excès, non le tout polémique.Nous venons de loin et il est utile d’avoir cela à l’esprit, de nous dire que tout n’est pas toujours à rejeter ou à critiquer.

En particulier, il est souhaitable d’être prudent par rapport à tout ce qui se rapporte à nos cultures. Gardons-nous de tenir aujourd’hui certains propos sur ce qui se rapporte à nos cultures au risque d’être sévèrement jugés par l’histoire dans un futur proche ou lointain.Nous avons, comme beaucoup de Burkinabè, suivi la polémique née suite à l’émission en langue nationale mooré à laquelle le président du Faso était invité sur une radio locale, émission relayée par plusieurs médias publics et privés.

Nous concédons à ceux qui ont « chargé » le chef de l’Etat la liberté et le droit de le faire, parce qu’il est homme politique et responsable. Qu’ils soient journalistes, hommes politiques aspirant à diriger le Burkina Faso, acteurs de la société civile… c’est leur droit le plus absolu. Et nous respectons ce choix comme le veut le jeu démocratique. Mais nous sommes peiné, très peiné, en tant qu’éducateur, de constater près de 60 ans après l’accession de notre pays à la souveraineté, le retour dans nos sociétés par nos soins, du symbole, cet objet humiliant que portait tout jeune africain qui commettait le pêché de parler sa langue à l’école.

Nous avons du chemin, l’Afrique a du chemin à parcourir vraiment pour espérer le développement. Est-ce un rêve ou une réalité ? Ou faut-il conclure que l’intolérance a gagné du terrain dans les cœurs des burkinabè ? Qui eût cru qu’un jour au pays de Thomas Sankara, on fera porter au 21e siècle le symbole à un président africainparce qu’il a accepté de s’exprimer dans sa langue dans une émission interactive ? Que dans ce pays, on soutiendra que la langue du colon est un facteur d’unité et nos langues des facteurs de division ?

Ces propos tenus par des intellectuels africains nécessitent que l’on réinterroge justement l’intellectuel africain afin de le redéfinir. Notre ultime conviction est que, ce sont nos différences qui nous unissent et non nos ressemblances. De la même manière que dans un couple, ce sont les différences qui fondent l’amour, de cette même manière la coexistence des peuples tient à ce qui les différencie, au devoir de valoriser les différences pour donner un sens au vivre-ensemble.Il a manqué seulement dans cette émission, la traduction des échanges dans certaines de nos langues pour élargir davantage le public-cible.

Au-delà du fait que s’adresser aux Burkinabè en dioula ou en fulfuldé ou en mooré ou en gourmacema… permet de toucher plus de personnes que de le faire en français, il reste que notre salut ne viendra que de nos langues. Il est certain que cette polémique a heurté beaucoup d’éducateurs persuadés que la renaissance de l’Afrique ne viendra que par la valorisation de ses langues. Mais comment un président africain peut-il construire une éducation basée sur nos langues si son propre peuple, pour des raisons dont les contours restent difficiles à cerner, s’indigne qu’il se soit justement exprimé dans une de ces langues ?

Une chose est certaine : l’éducation est la matrice de tout progrès humain et social. Par conséquent, le développement de l’Afrique ne viendra que d’une école inspirée et portée par nos cultures, articulée avec nos réalités, la seule école capable de traduire, d’incarner, de porter nos plus hautes aspirations et de nous permettre de les réaliser. Et cette école, pour l’Afrique, n’est pas envisageable sans nos langues.

De ce point de vue, nos langues doivent être objet et moyen d’apprentissage. Elles ne doivent plus être les indésirables, les supplétifs mais les reines dans et de nos écoles, ce qui nous relie dans la société. Pour une fois, faisons comme les européens : nos langues d’abord. Même dans les discours de nos hommes politiques. Et tâchons de ne pas oublier que Dieu pour les uns, la nature pour les autres, finit toujours par « discipliner » ou si l’on veut, par remettre à leur place toute personne et tout peuple qui versent dans les excès. Dieu cimente l’unité des Burkinabè.

Boubacar ELHADJI
Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré à Dori
boubacar.elhadji@yahoo.fr
Tél :70 10 05 50/78 64 08 70

Messages

  • Très bien parlé mon inspecteur.Les mauvaises personnes parleront mal de vous,mais sache que dieu vous aime.Félicitation et beaucoup de courage dans votre démarche.Que dieu bénisse le Burkina Faso.

  • Merci M. ELHADJI.
    Je souhaite que cet article soit publié chaque semaine sur lefado.net pendant un an.

  • C’est avec un grand intérêt que je viens de vous lire à travers votre prise de position quant à l’intervention du président du Faso en langue Mooré. Tout simplement vous dire que je suis parfaitement d’accord avec vos arguments qui vont faire taire à jamais tous ceux qui pensent autrement sur ce sujet. Quoique fera le président Rock, il y aura toujours des oppositions mais de grâce que ses détracteurs reconnaissent au moins la révolution qu’il a apportée à la façon de gérer le pays. Qu’ils se souviennent que lors d’un sommet tenu à Ouaga et qui a regroupé des chefs d’Etats africains, le chef d’Etat malien Alpha KONARE en son temps a pris la parole devant ses pairs en bambara. C’était lors d’un sommet de la francophonie. Comment ils avaient interpréter cela. Le ils est mis pour tout ceux qui critiquent le fait que le président s’exprime en langue nationale

  • Merci pour cette tribune qui touche du doigt un réel problème du vivre ensemble. En tant qu’éducateur, vous avez sans doute compris qu’il y a un problème d’éducation. l’éducation n’est pas simplement ou ne se résume pas au fait d’avoir fait des classes et d’être bardé de diplômes. L’éducation ici est l’ensemble des valeurs propres à notre société que nous recevons de nos parents ou que nous transmettons à nos enfants. malheureusement au Burkina Faso, ces valeurs qui jadis, faisaient la fierté du Burkinabè ont subitement fondues pour donner place à un autre ensemble de valeurs dont personne ne se reconnait mais que nous perpétuons à l’aveuglette sans même nous poser la question de savoir pourquoi, pour qui et pour quelle finalité. Personne n’a de réponse à ces questions. Mais seulement avons- nous vraiment conscience du chemin sans issue dans lequel nous nous engouffrons ?

  • Merci de lever le lièvre ! Vous l’avez lever sans vraiment le chasser. L’intolérance et l’incivisme sur tous les plans sont visibles. Il faut miser plus sur la force des lois pour endiguer ces fléaux. Les lois ne sont pas voter pour contenter un électorat, mais pour asseoir le socle vivrier du pays. Mais lorsque l’électoralisme empoisonne et ennivre les acteurs de la vie publique d’un État entier, l’immoralité et la fraude s’installe.
    Par rapport aux langues et le besoin du Président de s’exprimer en mooré dans une émission interactive, il y a en effet matière à discussion. Sur l’affiche de l’émission, on pouvait en effet lire, le Président parle aux Burkinabè. Qui sont les Burkinabè ? Sont-ils tous des moagas ? Parlent-ils tous le francais ? La question demeure et reste encore. Nos langues nationales doivent être certes valorisées, mais il faudra un consensus pour que l’on puisse atteindre une langue supranationale. Le francais taxé aujourd’hui encore par une frange des "intellectuels" du pays est un vieux débat qui ne donnera aucune suite plausible. Le francais n’est plus la langue du colon, il a évolué et s’est tropicalisé. Le moaga ne parle pas le même francais que le bwaba, qui à son tour ne parle pas le même francais que le peul... Il faut travailler à constitutionnaliser les choses que de chercher des faux-fuyants. Le francais en tant que langue imposée, est juste que là langue administrative et eb tant que s’en déroger via une émission donnée par le haut niveau de l’État pose problème. L’auteur de ce message sur l’intolérance n’a pas convaincu, lorsqu’il a abordé le sujet des langues. la preuve, il a écrit en francais et non en mooré ou en fulfuldé. Et pourquoi ?

  • Belle analyse effectivement cela est perceptible et surtout s’est accentué depuis l’insurection. Mais bien avant cela relève d’un système d’éducation délaissé par papa et maman et par ricochet toute la société. Mieux encore des lois ont été prises par nos vaillants "réprésentants du peuples" vivant a ne plus châtier physiquement les enfants a l’école, toute chose qui contribue à aggraver cette situation quand on sait que le respect de l’ainé, de l’autorité et des autres s’impose aux bas age et que on grandit avec. Si on y prend garde ce ne sont des analphabètes qui sont a l’origine de ces comportements c’est bel et bien ceux la memes qui ont été modelés par l’instruction pour nous relayer dans le futur........................................Quel dommage ?

  • Le burkinabé d’aujourd’hui, compte tenu de la vie de plus en plus chère avec ce qu’il touche comme salaire, pardon .... perdiem devient chaque jour plus aigre, plus susceptible, plus nerveux. Le burkinabé d’aujourd’hui, à la moindre contrariété sort de ses gonds et est prêt à en découdre avec quiconque se trouve en face de lui parce qu’il a beau cogiter, ne voit pas le bout du tunnel et accuse son prochain d’être responsable de sa situation sans discernement.
    Se soigner, se loger, se nourrir, instruire ses enfants, faire tourner la famille égal casses-têtes / casses-têtes sans parler de ce sentiment d’insécurité qui ne nous quitte plus avec le lot quotidien de braquages, meurtres, enlèvements etc et sans oublier le phénomène du terrorisme.
    le burkinabé d’aujourd’hui a peur pour son pays et pour son avenir.
    la gestion du pays va cahin-caha, clopin-clopant, la jeunesse en mal de repères, aucun modèle d’intégrisme en vue même au plus haut sommet qui semble n’avoir pas d’amour pour leur patrie.
    Tout ce que nous vivons aujourd’hui incivisme, intolérance, corruption, perte de la morale est la conséquence du mal-être que les burkinabé ressentent en eux, c’est la conséquence de la mauvaise gestion de la richesse publique qui fabrique quelques privilégiés et laisse la grande majorité dans le dénuement, dans l’inconfort, dans la misère.
    la solution vient d’abord de nos dirigeants pour changer les choses. Pour faire une omelette, il faut casser l’oeuf. Il ne faut pas cajoler ou caresser l’oeuf, tourner autour de l’oeuf ou taper sur la coquille avec un chiffon pour casser l’oeuf ! il faut y aller franchement avec les moyens qu’il faut sinon pas d’omelette. Gouvernants, vous avez la solution pour rectifier le tir afin que le Burkina puisse enfin immerger pour le bonheur de tous ! Vous avez la solution, allez-y franchement ! la coquille se brisera certes, mais le résultat en vaudra la peine !

  • Je ne comprends bien le mooré certes, mais je pense que l’initiative mérite d’être saluée. Il faut que les dirigeants puissent se retourner vers le peuple et communiquer dans un langage compris par celui-ci. Je sais qu’à Ouaga, il y a beaucoup de personnes qui comprennent mieux un message lorsqu’il est délivré dans leur langue maternel (mooré). Il faut rendre compte au peuple, être proche de son peuple. Je pense que les mêmes thèmes ont été abordés en Français d’une manière ou une autre, à certaines occasions. Lorsqu’un président s’exprime dans sa langue, selon moi celui-ci va vers son peuple pour mieux se faire comprendre. Quoiqu’on dise, il y a un effort des dirigeants actuels à agir autrement. Le Faso Danfani qui a été librement adopté est déjà un exemple. Cela rehausse nos valeurs culturelles mais impacte positivement l’économie nationale (des emplois à nos tisseuses, réduction de l’importation du bazin, etc.).
    Il y a des gens qui existent que pour critiquer et personne n’y peut rien..... Comme l’a dit l’Inspecteur, ’’nous venons de loin’’ et nous affrontons beaucoup de défis. Ne perdons pas de vue la grande liberté qui nous a été donnée et œuvrons à la consolider au lieu de gaspiller notre énergie à nous détruire.

  • Sujet important
    C’est la resultante du modèle de société construit depuis des decennies
    Il faut commencer par moraliser la vie politique et celle de l’adminstration publique.
    Les gens du privé n’auront le choix que suivre.
    Comme ça les enfants qui regardent et apprennent vous donneront une bonne image demain.

  • C’est ça l’éducation. Un Tout. Merci ; vous êtes un vrai éducateur. La seule bêtise des Burkinabe actuels, c’est la jalousie insensée. En famille ou en circulation ou en politique, une simple envie peut justifier une pagaille d’agressions et nourrir un désir de clouer autrui. Comment y remédier ?

  • Merci monsieur Makaiboo Ousmane Somah. La thématique de l’incivisme est une thématique qui m’intéresse beaucoup et sur laquelle j’ai publié un ouvrage. Mais voyez-vous, les lois ont des limites quand elles ne sont pas soutenues par l’éducation. KANT disait que"La loi suppose la conscience, elle a dans la conscience sa source première, son principe de vie et de perfectionnement". Donc mon frère...Aussi, sachez que je peux publier ce texte dans au moins une de nos langues nationales. Et il n’y a pas deux français au Burkina. Je connais parfaitement le contenu de l’enseignement du français au Burkina du cp1 à la 4ème année de l’université. Il n’ya pas un français de bwaba, de pelu, de dioula, de lobi ;de dagari...Ne nous voilons pas la face et évitons d’être superficielle sur la question de nos langues. Notre développement ne passera pas par les autres. Merci pour la contribution.

  • Quand vos élèves ont mis le drapeau en berne à KOUDOUGOU pendant la grève des enseignants. Qu’est ce qu’on appelle cette manière de faire ? quand vos élèves ont essayé d’empêcher un convoi militaire à Boussé qui partait dans le Nord défendre la patrie. Comment on appelle cette manière de faire ? Quand vos élèves sont entrés au gouvernorat de KOUDOUGOU. Comment on appelle cela. A l’époque qu’est ce vous avez dit où fait ? Rien.

  • Monsieur Johnson Melo
    « Lorsqu’un président s’exprime dans sa langue, selon moi celui-ci va vers son peuple pour mieux se faire comprendre »
    C’est qui son peuple ?Ceux-là qui comprennent le mooré ? Je suis desolé...Les traducteurs en langue nationales peuvent assurés cela.....
    C’est juste une manière de battre campagne

  • Merci à l’inspecteur Boubacar pour sa réaction qui touche du doigt les problèmes des citoyens burkinabés. L’incivisme a gagné tout le terrain et l’intolérance a pris le dessus. Quand on suit défois des émissions à la télé, on a mal au coeur car les réactions sont basées sur les critiques et jamais on ne veut reconnaître ce qui est positif chez l’autre. Quand on a atteint ce niveau, c’est difficile de construire car il faut le respect de l’autre, valoriser ce qu’il fait. Tout n’est jamais négatif chez un Homme.
    Le président s’est exprimé en français et certains "intéllectuels" font de la polémique et osent dire que cela a frustré plus d’un au Faso.Ce sont les dits intéllectuel qui mettront le feu au pays si on ne se réveille pas. C’est triste de ne pas utiliser nos langues pour toucher toutes les franges de notre société. Ils devraient au contraire félicité le président pour cet effort. Que Dieu nous prenne en pitié.

  • Vraiment bien écrit et bien pensé mon inspecteur.
    Car une radio locale, qui s’ exprime à 90% en langues locales (toutes sans exception), vous voulez que Le PF y aille et montre que c’ est lui qui parle français ? NON.....

  • L’intolérance est omniprésente dans la circulation routière, partout au Burkina. C’est l’expression la plus manifeste de ce trait de caractère du burkinabè lambda, qui n’est plus nouveau en tant que tel. On l’a développé et appliqué consciemment ou inconsciemment dans la plupart des lieux où nous évoluons. Malheureusement, nos acteurs politiques et de la société civile dont le rôle est entre autres de travailler à moraliser le langage et le comportement des uns et des autres, s’érigent de plus en plus en repoussoirs et amalgameurs de tout acabit. Ainsi, feu SD avait-il été contraint d’inviter certains à rouler à côté des goudrons PPP…
    Encore une fois, le reflet de ces comportements, plus ou moins suicidaires, nous renvoie à la nécessité de focaliser nos efforts sur l’éducation de base, en famille et à l’école. Il nous faudra 30 à 50 ans pour réussir à inverser la situation présente, à condition de s’y attaquer résolument et avant qu’elle n’empire.

  • HUG, il ne faut pas faire CHIER quand tout le monde est au sérieux. C’est quoi ça ? C’est des comportements du genre qui nuisent au pays. Pendant que tout le monde vibre sur le même diapason, Mr HUG ramène de mauvaises choses. C’est pour arranger que l’on parle ; ce n’est pas pour gâter !!!

  • Merci M. Boubacar pour cet écrit fort pertinent qui appelle à une remise en cause de chacun et ensuite à un revêtement d’un accoutrement riche en valeurs sociales constructives et qui scintille par l’envie de bien se comporter avec autrui.
    Je pense que le débat ici gagnerait plus en processus constructif si on l’aborde sous l’angle de valoriser nos propres ressources endogènes et comme l’a dit bien le Pr J. K. Zerbo "on ne développe pas,on se développe" ou encore comme le dit le Président Thomas Sankara,"acceptons de vivre africain" pour vivre digne.
    Alors vouloir s’en prendre aux détracteurs ou aux partisans du bilan de Rock sur une radio locale revient tout simplement à s’en prendre à la thèse ou à l’antithèse d’une dissertation pourtant bien fourni en argumentaire sur les deux aspects.
    Contrairement à vous je pense que dans un pays constitué de plusieurs chefs coutumiers independants avec des territoires bien connus,avec plus d’une soixantaines d’ethnies et de langues,il serait utile et pertinent d’envisager toute action d’envergure nationale à travers la concertation et le consensus en veillant à tenir compte des pluralités ;Quelqu’un disait d’ailleurs récemment que "la démocratie est l’arbitrage des pluralités". Aujourd’hui le spectacle désolant que nous assistons au niveau de nos plus hautes autorités qui consiste à recourir exclusivement au Mogho Naaba lors des questions ou des problèmes d’ordre national pose de nombreuses inquiétudes quant à la légitimité des réponses apportées.(Ex. putsh RSP,grève MINEFID,investiture du président...).Il faut de ce fait en tant qu’expert en gouvernance territoriale anticiper sur ces signaux faibles qui peuvent fortement provoquer des tensions in-souhaitables et dangereuses à l’unité et à la cohésion ;des réflexions doivent être menées pour valoriser l’ensemble des chefferies traditionnelles principales de sorte à éviter qu’un seul chef ne s’approprie l’ensemble des prestiges au détriment de ses pairs orphelins.
    C’est juste une contribution pour enrichir le débat intellectuel,merci et qu’ALLAH Le Tout Puissant protège notre chère patrie,le Burkina Faso.

  • La vérité mal mais ne casse pas les yeux.

  • Merci Mr Boubacar ELHADJI, bel écrit aussi bien sur le ton que le contenu ! Pour moi, il n y a plus ou il reste très peu, d’intellectuels africains. Nous sommes tous des répétiteurs de la science, de la connaissance de l’autre. Nous n’avons pas encore compris le sens de l’école qu’il nous a laissé et qui nous a formé, le sens du contenu, qu’il a soigneusement mis au point, de la formation que nous avons reçu et ce, de la maternelle à l’université. Et ça c’est pitoyable. Nous sommes les produits pitoyables de cette école, de cette moule de formation... C’est ça qui fait que nous trouvons quelques grâces, quelques raisons à soutenir, à parler, à nous projeter, à rêver dans la langue de l’autre. Aux débats, à Paris, sur la nouvelle constitution, j’ai proposé et défendu, l’année passée, que nos 3 principales langues, Dioula, Fulfuldé, Mooré, soient élevées au même rang de langues officielles du Burkina comme le français, mais je ne vous dit pas l’indignation de la majorité Burkinabé ici en France. J’étais loin d’imaginer le niveau d’abrutissement et d’enchaînement des nôtres à ce point. J’ai été jeté comme un mal propre. Le colonisé du 20eme siècle est encore plus marqué que cet esclave du 19eme siècle, qui, une fois libéré, va jusqu’au seuil de la porte, et revient dans la plantation, tellement, il a oublié même le gout de la liberté après tant d’années passées à exister à travers son maître. Ma conviction est que nous n’allons pas attendre tout le monde pour avancer dans le combat de la reconquête de la dignité de nos ancêtres violée, de la reconquête de la nôtre bafouée.

  • Très bonne analyse, mon inspecteur. Toutes mes félicitations. L’incivisme et l’intolérance sont les véritables maux de notre société d’aujourd’hui. Quelles solutions proposez-vous ? Vous ne donnez pas des pistes de solutions. Quant à nos langues nationales, je suis d’accord pour leur valorisation. Maintenant, la manière peut poser problème. Le Président du Faso n’est un pas un citoyen ordinaire comme vous et moi. C’est un homme d’Etat et lorsqu’il parle, il s’adresse à la Nation entière. Qu’il s’exprime en famille en Lélé, en Bwamu, en Mooré, etc. c’est son plein droit. Par contre, Sa Majesté le Moro Naaba est l’empéreur des Moosé, quant il parle, il s’adresse à ses sujets. On pourrait organiser les états généraux de nos langues nationales pour qu’ensemble, toutes les représentations ethniques du Pays se retrouvent pour échanger sur les modalités d’usage de nos langues par les hommes politiques burkinabè ? Et face à une multitude de candidatures à la présidentielle, une obligation pourrait être faite aux candidats de s’exprimer au moins dans 2 langues nationales du pays.

  • Mr l’inspecteur, mes respects en votre qualité de dirigeant du système éducatif de notre pays. Permettez-moi cependant d’apporter ma modeste contribution intellectuelle à votre tribune qui embrasse bien de facettes de notre société.

    1.) Du civisme et de l’usage des langues nationales

    A). Dès les premières heures de notre indépendance en 1960, le Président-Patriote Maurice Yaméogo comprit que le jeune État est une mosaïque de plus de 60 nationalités que le colonisateur appela tribus ou au mieux ethnies avec mention sur la carte d’identité. Le Président mena en 5 ans un travail de fonds qui fit naître en chacun l’esprit de citoyenneté et l’appartenance à une entité nationale Une et Indivisible. Ce caractère unique et indivisible du nouvel Etat était enseigné à l’école primaire dans le cours d’éducation morale et civique. Mon maître d’école gardait en permanence la phrase suivante, calligraphiée au tableau en haut, coin gauche : " la Haute-Volta est une nation une et indivisible". Mr l’inspecteur, où en sommes-nous aujourd’hui de l’éducation morale et civique à l’école burkinabè ?

    B). Quant à la question de l’usage des langues nationales dont vous faites état, elle faisait l’objet d’une attention particulière à la radio “nationale” à travers la diffusion du patrimoine culturel (langue, us et coutumes, etc..) de la soixantaine de nationalités que compte ce pays. En 5 ans, le président-patriote Maurice Yaméogo a effectivement consolidé le désir du vivre ensemble et de cheminer vers une nation une et indivisible.
    Après la chute du président le 3 janvier 1966, il s’est trouvé des ethno-régionalistes qui allèrent jusqu’à le traiter de faux Moaga d’origine Gourounsi et donc ne méritait pas de diriger ce pays qu’il a tant aimé dans sa diversité. Ces diatribes ethnicistes ont peut-être inspiré cet autre Président-Patriote, le Général Aboubacar Sangoulé Lamizana à faire cette profession de foi dès sa première adresse à la nation : "je ne suis d’aucune ethnie, d’aucun village, d’aucune région ; je suis voltaïque tout court." Il a approfondi le travail de son prédécesseur en créant une radio rurale diffusant dans toutes les langues du pays et couvrant tout le territoire national. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, prenez la route Ouaga-Léo ; à 75 kms de Ouaga, plus de signal de la radio nationale. Vous avez "quitté le Burkina" ! Il en est ainsi sur la plupart des zones de frontière du pays. Dans ces conditions, que le président parle en mooré ou en français, il ne s’adresse qu’à une partie de la population du Burkina.

    2) De l’usage officiel des langues nationales : que faire ?

    A). L’usage à des fins officielles des trois principales langues nationales avec interprétation simultanée, à savoir mooré, foulfouldé et dioula fut instauré sous la révolution à partir d’août 1984 lorsque la Haute-Volta devint Burkina, la République devint le Faso, le voltaïque devint burkinabè et l’hymne national devint le ditanyè. Tout le peuple se mit debout et applaudît. C’est dire qu’aucun citoyen de ce pays, soit-il intellectuel comme vous le dites, ne s’oppose à l’usage d’une langue nationale pour s’adresser à la population cible qui la comprend.
    Ce qu’il faut éviter, c’est de pratiquer une certaine démarche d’assimilation identitaire de certaines minorités culturelles. Avant tout, la République protège ses minorités quelles qu’elles en soient.

    B). Que faire ? L’enseignement obligatoire d’une langue nationale à l’école, du primaire au supérieur.
    Depuis 1984, les dirigeants politiques ont fait seulement de ces trois langues un vecteur de propagande pour mieux s’implanter au seins de ces ethnies majoritaires.
    Pendant ce temps, il n’eut aucune action visant à faire une codification scientifique de ces langues permettant d’introduire l’une d’elles dans tous les ordres d’enseignement (primaire, secondaire et supérieur). Cette codification doit couvrir, non seulement le vocabulaire lexical courant, mais surtout le langage des matières scientifiques ( math, physique, chimie, sciences de la vie et de la terre, etc...). Cela suppose donc la création d’une académie des langues nationales et d’une autre chargée de la transposition du vocabulaire scientifique dans cette langue nationale unique. Ce travail scientifique pourrait déboucher sur une langue qui n’est pas à 100% l’une des langues que nous connaissons, ce qui nous renverrait tous à l’école. Cette langue s’appellerait alors le Burkinabè ! . Ils sont combien à savoir que le foulfouldé, le swahili et le Haoussa furent choisis par l’OUA, ancêtre de l’UA, comme langues panafricaines. Si nous choisissons de codifier notre langue nationale à partir du foulfouldé par exemple, ce choix aura un retentissement continental dans la mesure où cette langue s’étend de Dakar à Djibouti et de Djibouti au Cap avec des consonances diverses. Utopie d’aujourd’hui, réalité de demain comme le dirait l’autre !

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