Situation économique : « La relance économique ne saurait se faire par une aide extérieure », Irifaar Somé

Publié le samedi 26 mai 2018

Situation économique : « La relance économique ne saurait se faire par une aide extérieure », Irifaar Somé

Ceci est une analyse d’Irifaar Somé sur la situation économique du Burkina Faso. Il est doctorant en Economie au Laboratoire d’économie régionale et internationale (LABERI) à l’Université Nobert-Zongo de Koudougou.

La situation économique au Burkina Faso est inquiétante. Depuis un certain temps, le pays est plongé dans un cercle vicieux d’anicroches : situation sécuritaire avilissante, amplification de la grogne sociale, ralentissement de l’activité économique, etc.
Le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement, lors du Conseil des ministres du 9 mai 2018, affirmait une de la reprise de l’activité économique amorcée en 2016 qui s’est confirmée en 2017 par un taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel de 6,7% en 2017. Selon les projections, les perspectives de croissance resteraient solides sur la période 2018-2021 et une croissance de 7% est attendue en 2018 contre 6,7% en 2017.

Si ces chiffres semblent encourageants, la persistance des revendications sociales et la situation des populations,en particulier les populations rurales, ne semblent pas traduire les effets de cette hausse de la croissance sur les conditions de vie des populations.

En effet, certaines Organisations de la société civile (OSC) estiment qu’« au-delà des chiffres pompeux qu’on nous chante aux oreilles chaque jour pour nous dire que le Burkina Faso avance, nous, citoyens du pays réel, du vrai Burkina Faso, reculons et à grands pas » (Collectif des associations des commerçants et ouvriers du Kadiogo, journal Le Pays, 22/02/2018). Où se trouve donc le problème pour qu’il y ait incohérence entre chiffres et réalité ? Quelles sont les pistes de solutions pour améliorer la situation économique du Burkina ?

Les responsabilités sont partagées

Cette situation est en partie la résultante des fortes attentes des populations après l’insurrection populaire et l’imprévision dans un contexte de limitation des ressources. Un élément qui a beaucoup eu de crédit lors des campagnes électorales, c’est le slogan « Roch la solution ». Or la population oublie que l’auteur n’a pas précisé « solution immédiate ». Mais dans la gestion d’une nation, avec autant de priorités que dans un pays post insurrection, il faut prévoir loin dans le temps plutôt qu’à court terme.

Les solutions immédiates trouvées pour la fronde sociale ont apparu comme étant les causes de son aggravation. Le gouvernement a signé des protocoles avec des syndicats mais par mauvaise appréciation, il n’a pas vu les choses venir. Il se retrouve dos au mur alors qu’il faut respecter ces engagements. Aussi, en observant certaines actions, le gouvernement ne semble pas donner un bon exemple sur la réduction du train de vie de l’Etat. Tous ces aspects jouent sur la crédibilité du gouvernement.

Commencer par serrer la ceinture et tout le monde suivra !

Aux syndicats, il faut accorder une priorité au dialogue et à l’intérêt supérieur de la nation.Il était nécessaire d’analyser un peula situation du pays, sa capacité de création de richesses, les urgences… et tenir compte de ces éléments en revendiquant. Les pertes liées aux grèves sont énormes et lorsqu’on observe les débats, on a tendance à croire que les discutions sont plus centrées sur la repartions des ressources que sur la création de la richesse. Dans ces conditions, on tend inévitablement vers une situation chaotique !

Mais il y a de quoi se ressaisir

Dans un esprit d’optimisme, la situation n’est pas aussi alarmante. La relance économique ne saurait se faire par une aide extérieure, elle part de l’intérieur du pays, étant un pays en développement et vulnérable aux chocs climatiques et aux cours mondiaux. Le développement économique et social du Burkina Faso dépendra en partie de sa stabilité sociopolitique (trêve sociale en particulier) et des reformes structurellement bénéfiques à toute la nation.

En effet, la relance économique nécessite des efforts constants et soutenus afin de se fixer d’ambitieux objectifs pour redresser l’économie du Burkina Faso. Cela passe nécessairement d’abord par la consolidation de la sécurité et la paix, l’accès aux services énergétiques et l’accès aux services sociaux de bases. Ces défis pèsent beaucoup sur les perspectives socioéconomiques du pays. Ensuite, viennent l’assainissement des finances publiques, la priorité à accorder à l’agriculture et l’élevage, l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de l’état des infrastructures et le soutien aux initiatives privées.

Sur la question des revendications, la situation économique actuelle exige qu’on la traite en concertation. La trêve sociale est très importante pour une relance économique. Les mouvements sociaux en particulier les revendications constituent une perte d’efficacité. Le gouvernement a entrepris un processus de réforme du système de rémunération pour trouver une issu favorable à la fronde sociale.

C’est une bonne idée mais pour que cette réforme soit objective et efficace, elle doit concerner tout le monde et à tous les niveaux y compris les membres du gouvernement, les présidents d’institutions et autres autorités. Ceci, parce que le développement dépend aussi bien de la création de richesse que sur la répartition. Les débats doivent se pencher aussi sur comment créer plus de richesse au Burkina pour en partager plus !

A toute la population, pour sortir de cette situation et amorcer un véritable développement, les Burkinabès doivent travailler ensemble vers un même objectif : Chaque burkinabè doit se donné une vision nationale et l’intégrer dans son comportement. Comment je veux voir mon pays demain ? Comment je veux voir vivre les habitants de mon pays dans 20 ans, 30 ans… ? Le développement,c’est aussi une question de changement de mentalités qui ne saurait se faire sans une volonté individuelle.

Intégrer une vision commune de développement dans nos actions quotidiennes aura des effets sur les maux qui minent notre société (l’incivisme, le grand banditisme, la corruption, la fraude, etc.) et produira des retombés sur notre économie. Chacun aime prendre le bon exemple sur le Rwanda ou autre pays sur certains plans mais personne ne fait rien d’exemplaire. Imaginons que chaque Burkinabè se dise que dans vingt ans, mon pays doit être plus visible que le Rwanda ou je veux que mon pays soit émergent dans 20 ans !

La relance économique passe aussi par la création d’emploi. Il faut donc pour suivre l’amélioration de l’environnement des affaires, créer des opportunités d’emplois et accompagner conséquemment les initiatives privées en matière de création d’emploi.
Sur la réduction du train de vie de l’Etat, pourquoi ne pas prendre les ressources des séances du Conseil des ministres délocalisées pour construire une école sous paillote ou équiper un Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) dans la région où le déplacement était prévu et prendre les décisions à Ouagadougou comme d’habitude.

Ainsi, en une année, chaque région aura au moins 3 écoles construites et/ou des CSPS équipés. C’est plus visible ! Pourquoi ne pas réduire le nombre de nouveaux véhicules pour augmenter l’offre énergétique quand on connait l’importance de l’énergie dans l’économie et les problèmes que vivent les populations ces derniers temps !

Irifaar SOME

Messages

  • Merci Mr. Somé pour votre analyse de la situation socio-économique de notre cher Pays.
    Pour ajouter quelque chose, je me permets de citer les propositions suivantes, pour appuyer votre Thèse concernant le développement venant de l´intérieur.

    1. Pour atteindre l´autosuffisance alimentaire, chaque fonctionnaire pourrait, en fonction de la place dont il dispose chez lui, élever des poules, bien entretenir son petit jardin et produire
    ses propres tomates. En utilisant même l´espace vide des murs oú se trouve les fenêtres, cela est faisable. Je pratique cela dans mon bureau, et c´est pour cela que je partage l´idée.

    2. Au lieu d´aller occuper les bars ou d´écouter chaque fois RFI, on peut utiliser ce temps pour créer les richesses dont vous parler. Chaque fonctionnaire peut donner par exemple des cours de rattrapage à de jeunes enfants, moyennant une rénumération, selon le pouvoir d´achat des parents.

    3. Les travaux d´intérêts communs du temps de la révolution sont encore praticable dans tous les quartiers, pour cela, on n´a pas besoin de CDR, il suffit que quelqu´un prenne le devant et organise les jeunes.

    Je m´arrête à ces trois points, car cette liste pourrait comporter 100 idées, mais je n´ai pas envie de fatiguer les lecteurs...
    Merci Webmaster de laisser passer

    • Tout à fait ! Avec une volonté nous pouvons engranger beaucoup de richesse à l’intérieur. Nous en sommes capables !

  • Bonjour ! Merci à M. SOME pour cette analyse pertinente. Fils du pays, Puise-je avoir vos coordonnées, car vous avez de très bonnes idées. Pourriez-vous partager la technique. Merci d’avance !

  • Bonne approche et lecture, nous devons aller plus loin et RELECHIR.

    Le burkinabè est intellectuellement paresseux de nature et est un grand copieur.

    Tout notre système est une pâle copie d’un système dont nous ignorons l’esprit et l’essence.

    Nous devons inventer notre système de gouvernance, fini les institutions qui ne parlent à personnes, fini les administrations qui ne servent personnes si ce n’est ceux qui en connaissent les rouages.

    Sans rancune !

  • Bien vu, Mr Somé
    Il s(agit avant tout de Gouverner par l’exemple en y mettant de la rigueur et du courage.

  • Bonjour Rosamonde. Vous pouvez contacter M. SOME au 72714240 ou par le Faso.net
    Merci !

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