SEPTIEME ART : Le cinéma burkinabè victime du FESPACO ?

Publié le lundi 7 mars 2011

     SEPTIEME ART :     Le cinéma burkinabè victime du FESPACO ?

Les lampions de la 22e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) se sont éteints avec, comme à l’accoutumée, la cérémonie des distinctions. Le prix tant convoité, l’Etalon d’or de Yennenga, d’un fier galop, a pris la direction du Royaume chérifien. Sur son dos, l’heureux cavalier Mohamed Mouftakir. Avec Pégase, ce réalisateur est entré dans l’histoire du FESPACO par la grande porte. C’est tout à son honneur et à celui du cinéma africain, particulièrement du cinéma marocain qui tire probablement profit de son industrialisation.

Une fois de plus, Yennenga échappe aux Etalons cinéastes même si on peut se consoler de prix et mentions spéciaux glanés çà et là. Cela fait quatorze longues années d’attente. Depuis la consécration de Buud Yam en 1997, le cinéma national a pris du plomb dans les ailes, en tout cas, dans la quête de l’Etalon d’or. Certes, on est loin de penser qu’on organise le festival pour l’emporter, mais ça commence tout de même à faire long. Comme le disent si bien les Mossé, "il est très difficile d’accepter la pauvreté après avoir baigné dans l’opulence".

Capitale du cinéma africain, le Burkina a pendant longtemps été une référence au niveau de la qualité de sa production cinématographique. Mais, visiblement, ce cinéma a perdu son lustre d’antan. Aujourd’hui, la plupart des réalisateurs burkinabè terminent toujours leurs films à califourchon. Les vétérans qui avaient fait la fierté et la gloire du cinéma du pays des Hommes intègres snobent royalement les plateaux de réalisation actuellement. Peut-être ont-ils baissé les bras à cause du coût exorbitant de la réalisation d’un film qui se veut compétitif et du tarissement des financements. Les grands studios qui existaient ont dû mettre, pour une raison ou pour une autre, la clé sous le paillasson.

Les bailleurs de fonds ne se bousculent pas au portillon des réalisateurs. Entre autres raisons de ce manque d’attrait, l’absence de rentabilité des films produits. Ce qui met à nu le problème des marchés. Le thème de cette édition, "cinéma africain et marchés", est d’ailleurs très évocateur du défi que représente la distribution. Beaucoup de salles de cinéma, à travers le Burkina, si elles ne sont pas fermées, ne ressemblent qu’à de véritables déglingues. Certes, il est vrai que les nouvelles technologies ont transporté le cinéma dans les domiciles, mais il appartient aux grandes salles d’oeuvrer à avoir un minimum de convivialité pour se donner les chances d’attirer plus de spectateurs.

D’ailleurs, avec le foisonnement des vidéoclubs dans les quartiers des villes et villages, on finit par se convaincre qu’il y a bel et bien un marché assez important. Aux acteurs de développer des initiatives pour s’approprier ce marché et en tirer le meilleur parti. Pour ce faire, il y a lieu, pour les composantes du cinéma du pays, surtout les cinéastes, toutes générations confondues, de taire les querelles de mauvais aloi et de se donner la main avec sincérité. Ils sont nombreux à ne se battre que pour juste être au prochain FESPACO. Ce faisant, ils ne prennent pas vraiment le temps de bien peaufiner leurs oeuvres.

De même, entre deux éditions, il n’y a pas de véritables réflexions menées pour permettre au cinéma national d’émerger ou au moins, de se maintenir. On est tellement obnubilé par ce rendez-vous qu’on ne se donne pas le temps d’une réflexion à long terme. En cela, le cinéma burkinabè semble victime du FESPACO, du moins de l’idée que les gens se font de ce festival. L’espoir pourrait venir des jeunes pousses qui sortent de l’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS). Mais, une chose est sûre : le cinéma du Burkina doit s’industrialiser. Et pour ce faire, l’autorité politique doit redoubler de volonté et d’engagement à travers des mesures hardies. Cela pourra aider les différents maillons de la chaîne à bien s’imbriquer pour que quantitativement et qualitativement, tout puisse tourner correctement.

Relwendé Auguste SAWADOGO

Le Pays

Messages

  • Si on n’y prend garde, le FESPACO va simplement disparaitre ! on va nous la voler suivez mon regard..........

  • la solution aux problèmes du cinéma burkinabè doit venir de nos cinéastes eux-mêmes. Contrairement à ce que beaucoup de gens soutiennent,il y a bel et bien un grand marché ici. La vérité c’est que ce marché n’intéresse pas nos cinéastes qui rêvent tous d’aller vendre leurs films en Europe ou aux Etats-Unis.

    Ils devraient prendre exemple sur le Nigéria qui inonde désormais nos pays de ses films. Ce pays a réussi à créer une véritable industrie du cinéma.

    Par ailleurs, nos télévisions ne jouent pas leur partition dans la diffusion des films burkinabè et africains de façon générale. Il faut attendre le FESPACO pour commencer à diffuser nos films. On préfère diffuser des télénovela venues d’ailleurs, pendant que nos bonnes séries sont diffusées un épisode par semaine. Croyez-vous vraiment qu’un cinéphile va attendre une semaine pour avoir la suite d’une série ?

    on reste tous accroché à nos grands noms et on on vit dans le passé. les Pierre Yaméogo, Idrissa Ouédraogo, Gaston Kaboré et autres, qu’est-ce qu’ils filment de nos jours ? préférant faire le faux débat du numérique et du 36mm !

    Pendant ce temps, les Aboubakar Diallo et autres se battent (à la manière nigériane) pour nous faire voir des films. C’est ce chemin qu’il faut emprunter.

    Nous aimons nos films, mais nous ne pouvons pas attendre six à douze mois avant de voir un seul film.

    Quand les cinéastes prendront le temps de faire cette réflexion, on verra que les choses iront mieux.

  • le cinéma burkinabè a mal à ses acteurs : les cinéastes !
    connaissez-vous le point commun entre ces cinéastes : idrissa ouédraogo, saint pierre yaméogo, abdoulaye dao, missa hébié, abdoulaye dao... ?
    ils sont tous des réalisateurs... producteurs (masqués- via prete noms) !
    ils sont tous des abonés au clean campbel johnny et autres boissons...
    ils n’ont aucune action réelle et concrètes evers la jeunesse pour la relève
    ont tous un train de vie à faire palir d’envie tous les financiers du cinéma !
    quel mon de ce cinéma burkinabè... tous des comédiens

    • Bonjour ! "me",je suis de votre avis ! En fait,on entend les réalisateurs se plaindre de manque de production au niveau international,mais en réalité,ce ne sont que des larmes de crocodile !Quand eux,ils recoivent le financement,ils préfèrent mettre le gros de l’argent de coté,dans leur compte personnel et utiliser des miettes pour la réalisation du film. Alors que qui dit miettes de sous,dit précarité !Ils ne peuvent alors pas se payer des acteurs de qualité qui vont porter comme il faut le sujet qu’ils veulent traiter.Et puisque le film doit etre tourné(le bailleur attend le bilan !),on va au quartier,dans les grins de thé ou on appelle tel ou tel ami,et on lui propose le role.Le gars n’étant pas du métier,le spectateur ira s’asseoire pendant près de deux heures pour n’écouter que des gens qui débitent des textes qu’ils ont bus tant bien que mal,rien d’artistique là-dedans !Mais lui,le cinéaste,aura fait son film et envoyé un rapport au bailleur !Le nombre de fois que nous avons vu un réalisateur s’acheter une grosse caisse ou s’est construit un batiment digne de ce nom après la réalisation d’un film est incalculable !Le film ? Qu’il marche ou pas,de toutes facons,on a mis un gros pognon de coté ! Reconnaissons que dans ce cas-là,il est difficile d’octroyer un étalon de Yennenga à un film qui passera son temps à donner des migraines à des gens (surtout en europe !)qui ont dépensé de l’argent pour le voir !
      À Hollywood où les moyens sont plus abondants,on sait tout de suite qui est Brad Pitt,Linda Hamilton ou Hilary Swan,mais il ne sera pas donné à tout le monde de savoir avec quels réalisateurs ces gens ont été connus ! Au Burkina,c’est le réalisateur d’abord,l’acteur peut marcher en tapette,on s’en fout !Alors que mieux on misera sur ces derniers,plus ils bosseront pour ne pas etre écartés pour incompétence !Mais bon !Nous sommes un peuple qui voit tout,tout de suite !

  • Je me réjouis de la pertinence de votre analyse sur ce problème trop sérieux de la crise que traverse aujourd’hui notre cinéma : Seulement sachez que la relève ne viendra pas des seuls étudiants de l’ISIS dans la mesure ou beaucoup de jeunes burkinabé se forment ailleurs dans les écoles de cinéma sans compter tous ceux qui se forment sur le tas

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