Burkina-France, des échanges commerciaux déséquilibrés

Publié le samedi 27 mai 2006

Burkina-France, des échanges commerciaux déséquilibrés
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Le Premier ministre P. Ernest Yonli a présidé les journées économiques du Burkina à Paris en avril 2005

Pays enclavé, le Burkina affiche une balance commerciale structurellement déficitaire, signe de la faiblesse du secteur de l’exportation qui ne représente que 8% du Produit intérieur brut (PIB) en 2004 contre 26,5% en moyenne dans la zone UEMOA.

Depuis 1997, le taux de couverture des exportations par les importations est de l’ordre de 26% en moyenne, le secteur de l’exportation se réduisant à quelques produits agricoles comme le coton qui représente près de 63% des exportations et l’élevage qui représente 13% des exportations.

Le Burkina exporte aussi des fruits et légumes, des oléagineux, des huiles, des produits de l’artisanat, de l’or, des pneus et chambres à air. Selon le rapport 2004-2005 de la Banque africaine de développement (BAD) et du centre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « seul le développement de la grande mine aurifère devrait permettre de diversifier quelques peu les exportations ».

Les produits importés sont composés des biens d’équipements, de biens intermédiaires et de produits pétroliers. Les hydrocarbures représentent 19% des importations, les véhicules (10%), les équipements mécaniques et électriques (9,6% et 7,1%) et les produits pharmaceutiques (6%).

Les exportations en provenance de l’Union européenne (UE) ont reculé de 5% entre 1999 et 2003 tandis que celles vers l’Asie ont augmenté de 13%. Le continent asiatique a absorbé près de 68% du coton burkinabè, dont 36% par la seule Chine populaire, un pays avec lequel le Burkina a rompu les relations diplomatiques au profit de Taiwan.

Les exportations burkinabè sont destinés à tous les continents mais près de 52% des échanges s’effectuent surtout avec la France, la Suisse, la Côte d’Ivoire et le Benelux.
Avec la France, les échanges demeurent déséquilibrés. Selon le service économique de l’ambassade de France à Ouagadougou, les exportations françaises vers le Burkina ont peu évolué en 2004 (0,5%) après une forte progression en 2002 (31%) et 23,4% en 2003.

Dans le même temps, les produits burkinabè à destination de la France ayant baissé, « l’excédent de la balance commerciale a pour la première fois dépassé les 200 millions d’euros ».
En 1994, les importations françaises en provenance du Burkina s’élevaient à 21,6 millions d’euros. Dix ans plus tard, le montant des achats a été divisé par trois, atteignant seulement 7,3 millions d’euros en 2004, soit une chute de l’ordre de 64%.

Seuls les produits maraîchers, les fruits et les plantes à boisson résistent encore à cette tendance vers la baisse, mais pour combien de temps encore ? La France reste toutefois le principal partenaire commercial du Burkina puisqu’en 2002, elle occupait encore 22,3% du marché national devant la Côte d’Ivoire (19,9%), le Japon (4,6%) et la Chine (4,3%).
L’exportation française vers le Burkina concerne plusieurs secteurs : produits agricoles, biens d’équipements, de consommation, automobile. En incluant les produits agricoles, alimentaires, et les biens de consommation, ces produits représentent 44% des exportations en 2004.

Très diversifiées, les importations du Burkina comprennent le travail du grain (4,6 millions d’euros, soit une hausse de 87% par rapport à 2003), les boissons alcooliques (4 millions d’euros, soit 24,7% par rapport à 2003), alors que le sucre et les produits divers enregistrent une baisse, respectivement de 3,4 millions d’euros, soit -32,9%, et de 2,9 millions d’euros, soit -41,7%.

Parmi les biens de consommation en nette progression, il y a les produits pharmaceutiques dont les ventes ont augmenté de 67%, passant de 32,8 à 54,7 millions d’euros entre 2002 et 2004, alors que dans le même temps, les ventes françaises dans toute l’Afrique subsaharienne ne représentaient que 12%.

Quant au secteur de l’automobile, la livraison de véhicules en 2004 a permis à ce secteur d’enregistrer une légère reprise avec des ventes estimées à 11,6 millions d’euros en 2003 et 13,1 millions d’euros en 2004. En revanche, le secteur des biens d’équipement professionnels accuse un recul qui touche principalement les équipements mécaniques (machines pour extraction, pompes, matériels de manutention...), les équipements électriques et électroniques (ordinateurs, matériel informatique, appareils de transmission du son et de l’image et le matériels médicochirurgical). Les métaux et produits métalliques, les produits agrochimiques connaissent également une baisse respectivement de 25,4% et de 25% en 2004 par rapport à l’année précédente.

Grosso modo, le Burkina éprouve de réelles difficultés à conquérir le marché français, d’où la nécessité de prendre des mesures visant à renforcer la demande intérieure et sous régionale, et d’explorer d’autres destinations pour les produits d’exportations.


L’Agence française de développement (AFD), un outil de coopération internationale

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Jacques Moineville, Directeur Afrique de l’Ouest de l’AFD et Louis L’Aot, représentant au Burkina

Issue de la Caisse centrale de la France libre créée en 1941 à Londres, en Angleterre, par le général Charles de Gaulle, et de la Caisse centrale de coopération économique, l’Agence française de développement (AFD) est un établissement public qui fait partie du dispositif français de l’aide au développement. Placée sous la tutelle de plusieurs ministères dont celui de l’Economie et des finances, des Affaires étrangères et de l’Outre-mer, l’AFD est un véritable outil permettant à la France d’intervenir dans plus de soixante pays, notamment en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et dans l’Océan indien.

Avec un réseau de 45 agences, l’AFD est également présente en Europe centrale et de l’Est, ainsi que dans le pourtour méditerranéen. En 2003, le gouvernement français a autorisé l’extension de son champ d’intervention à nouveaux pays que sont la Chine, la Thaïlande, l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.

Au Burkina où elle est présente depuis l’indépendance du pays en 1960, l’AFD intervient en subventionnant l’Etat ou les collectivités locales, et accorde également des crédits concessionnaires pour les investissements au profit des grandes entreprises du service public.

Depuis l’adoption par le gouvernement burkinabè en 2004 du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, et en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) préconisés par l’Organisation des Nations unies, l’AFD a ciblé ses interventions sur le développement local en milieu rural, l’éducation de base, l’assainissement et l’accès à l’eau potable.

A l’heure actuelle, pas moins de dix projets sont en cours de réalisation dans des secteurs comme l’hydraulique, l’énergie, le développement urbain, le secteur rural, l’éducation, la formation professionnelle et la santé.
Dans le secteur de l’hydraulique, deux projets ont été signés en septembre 2002 et en janvier 2005. Le premier vise l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable des populations et le fonctionnement durable des points d’eau modernes dans les zones choisies.

D’un coût global de 8,54 millions d’euros, soit 5 593 700 000 F CFA, ce projet devrait permettre entre autres la réhabilitation de 520 forages et la mise en place de 100 autres dans 13 provinces. Huit provinces (le Soum, l’Oudalan, le Bam, la Gnagna, le Yagha, le Seno, le Sanmatenga et le Namentenga) bénéficieront d’investissements pour améliorer la desserte en eau potable.

Le deuxième projet, d’un coût de 12 millions d’euros, soit plus de 7,860 milliards de F CFA a pour objet la sécurisation physique du barrage de Bagré, la protection des populations riveraines et le développement des l’activités hydroagricoles. Mis en eau en 1992, le barrage de Bagré a connu une importante crue en août 1994 et sa submersion a été évitée de justesse. D’où l’urgence de construire un évacuateur de crue et d’aménager la protection de la digue.

Dans le secteur de l’énergie, un projet d’un montant global de 73 millions d’euros, ( 47, 815 milliards de F CFA) cofinancé par cinq bailleurs de fonds dont l’AFD à hauteur de 15,25 millions d’euros (9,988 milliards F CFA) vise la prolongation jusqu’à Ouagadougou de la ligne d’interconnexion reliant la Côte d’Ivoire à Bobo-Dioulasso. La mise en service de cette ligne devrait permettre d’alimenter la capitale en quantité suffisante et à moindre coût en comparaison des productions actuelles de la Société nationale burkinabè d’électricité (Sonabel).

Dans les secteurs de l’éducation de base et de la formation professionnelle, de la santé avec notamment la prévention de la mortalité infantile et du VIH/Sida, des projets financés par l’AFD sont également en cours de réalisation et devraient permettre au Burkina Faso de se rapprocher, à défaut de les atteindre, des Objectifs du millénaire pour le développement d’ici 2015.

Début avril 2006, une rencontre entre les représentants de l’AFD en Afrique de l’Ouest et les autorités burkinabè s’est tenue à Ouagadougou destinée « à faire une revue sans complaisance, dans un langage franc et courtois, des projets que finance l’AFD ».

Selon l’ambassadeur de France au Burkina, Francis Blondet, les relations de coopération entre les deux pays dans les années à venir seront dorénavant fondées sur deux principes : la concentration des efforts sur des secteurs prioritaires identifiés de commun accord et la contractualisation des projets.


Dagris : Le fil entre deux pays

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La première usine de la SOCOMA a été inagurée en octobre 2005 à Diapaga

Parmi les nombreuses entreprises françaises implantées au Burkina (Boloré, SDV, Saga, Brakina, CFAO), il y a la société Dagris (Développement des agro-industries du Sud), ex-Compagnie française des fibres textiles (CFDT) spécialisée dans la culture et la commercialisation du coton.

Avec la politique de libéralisation du secteur du coton décidée par le gouvernement, notamment la cession des actifs de la Sofitex dans la zone Est du Burkina, Dagris est devenu actionnaire majoritaire de la Société cotonnière du Gourma (Socoma), une société créée en juillet 2004 et basée à Fada Ngourma. La société française détient 51% du capital, le reste revenant aux cotonculteurs (20%) et à des intérêts privés nationaux (29%).

Selon le Président directeur général de Dagris, Gilles Peltier, cette répartition du capital a l’avantage de créer un climat apaisé puisque les producteurs sont membres du Conseil d’administration. La preuve c’est que la baisse du prix du coton cette année n’a pas suscité une fronde des cotonculteurs. Le climat social est resté calme grâce à de mesures prises par la direction de la Socoma, notamment le paiement des producteurs dans l’intervalle d’une semaine et la baisse du prix des intrants. Par ailleurs, un budget a été prévu afin d’apporter une assistance technique aux producteurs.

Deux ans après la création de la Socoma, Gilles Peltier se dit satisfait de cette aventure, convaincu que dès l’année prochaine, la production de coton graine dépassera 80 000 tonnes au lieu de 2010 comme initialement prévu. Un objectif largement à la portée de la société cotonnière car après avoir inauguré en octobre 2005 une usine d’engrenage dans la province de la Tapoa, Dagris va bénéficier de 15 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD) pour financer une autre unité dans la Compienga, une zone où on la culture du coton est pratiquement inexistante et la Socoma espère produire au moins 5 000 tonnes par an.

L’autre objectif de Dagris consiste à combiner la culture du coton avec d’autres productions telles que le tournesol, les cultures vivrières et les cultures destinées à l’alimentation du bétail « afin d’éviter que l’on fasse du tout coton, mais d’adopter une approche globale et intégrée de la culture ».

Par Wahab Sidibé

Lefaso.net

Messages

  • Bravo pour cet article très documenté. Les informations données concernent les échanges de biens. Rien, sur les échanges de services. Or le secteur tertiaire peut représenter plus des 2/3 de la production de richesse d’un pays.
    Les services s’exportent aujourd’hui : afftrêtement des avions (catering) services rendus par téléphone (ex:call center) ou par internet (ex : saisie de données,...). Mais au Burkina Faso, ces activités sont un épiphénomène. Pire, des exportateurs de services implantés au Burkina ont dû même disparaitre. Pourquoi ce constat paradoxal au 21ème siècle ? Pourquoi le maintien maintes fois dénoncé d’entraves fiscales conduisant les opérateurs économiques à privilégier le marché local, ou... l’importation des biens et services. Une réponse plaidant dans le sens des intérêts de la Nation Burkinabè serait appréciée.

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